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La semaine de l’Europe s’achève. Notre travail de démocrates européens commence.

J’ai suivi cette semaine le blog de Chantal Portuese qui a proposé une ou deux contributions sur l’Europe par jour, contributions écrites par divers passionnés anonymes. Ces lectures m’ont persuadée de me mettre au travail sur le sujet car l’Europe est à vendre à nos concitoyens qui ne la comprennent pas bien : nous devrons donc la leur expliquer !

Pour commencer, je livre ici quelques extraits d’une interview par le magazine XXI (XXI pour le journalisme du XXIème siècle, bien sûr !), magazine de reportages, entièrement indépendant et dont le deuxième numéro vient de sortir. Les extraits de cette longue interview de Bronislaw Geremek, historien polonais, compagnon de Lech Walesa, figure de la nouvelle Europe, posent clairement les enjeux du futur débat pour lequel nous avons à nous préparer. En effet, il est de notre responsabilité de démocrates français de communiquer à la fois un enthousiasme et un projet qui emporteront l’adhésion. Rien de tel qu’un retour sur l’Histoire pour se lancer...


L’Union n’est-elle pas d’abord et avant tout un marché commun?

Elle l’est peut-être devenue aujourd’hui, elle ne l’était pas au départ ! Dès 1943, Jean Monnet a tracé le chemin de la construction européenne et de la réconciliation franco-allemande. Nous étions en pleine guerre et personne ne pouvait prévoir comment le conflit allait pouvoir se terminer... Pour les pères fondateurs, la paix dépendait, non pas des décisions des responsables politiques, si bonnes soient-elles, mais d’un engagement de longue haleine pour déraciner la guerre. Ce travail de fond passait par l’économie.

Pourquoi donc ces guerres tout au long de la première moitié du XXème siècle? Mais pour la maîtrise des ressources naturelles, en particulier du charbon et de l’acier. D’où l’idée que, s’il était établi une administration commune, il n’y aurait plus de guerres possibles. Adversaires de toujours, la France et l’Allemagne devraient gérer ensemble ces ressources énergétiques.

Ce lien entre l’économie et la défense se retrouve avec le Traité de Rome, signé en 1957 en pleine guerre froide, un an après l’intervention soviétique en Hongrie et l’écrasement de la révolte de Budapest par les chars russes. Relisez le traité ! Vous serez étonnés par l’accent mis sur la dimension politique.

Les citoyens européens n’ont-ils pas le sentiment d’être négligés au profit de logiques économiques?

Voilà pourquoi je ne cesse de rappeler qu’au début de l’histoire européenne, il y eut des rêves. L’Europe n’est pas une création de chefs comptables, elle est fille de l’imagination européenne, y compris celle de poètes et de philosophes. L’idée européenne est ancienne. Elle accompagne notre Histoire depuis le Moyen-âge. La communauté chrétienne médiévale était, déjà, une première unification de l’Europe. L’idée de coopération entre rois et princes s’est développée dans la foulée et a gagné l’Europe entière. Un légiste français du XIVème siècle a même été le premier à lancer cette idée d’unification européenne. Tout au long de l’histoire moderne, ce projet sera formulé et reformulé, que ce soir par le Duc de Sully, l’intendant d’Henri IV, et son Grand Dessein - une confédération des Etats chrétiens réglant pacifiquement leurs affaires communes et leurs conflits - par Saint Simon au XIXème siècle ou encore par Victor Hugo avec ses Etats-Unis d’Europe...

Même chose à l’est, avec le philosophe Jean Patocka, le porte parole de la charte 77 sur les droits de l’homme : il poursuivi le travail de réflexion sur l’Europe entrepris par Edmund Husserl dans l’entre-deux guerres avant d’être radié de l’Université par les nazis.

Quarante ans durant, le rêve européen a alimenté la réflexion des tchèques, des hongrois ou des polonais derrière le rideau de fer.

Dans votre dernier ouvrage, Vision d’Europe, vous insistez sur les différences de lecture de l’Histoire à l’Est et à l’Ouest. Il n’y a pas de mémoire européenne commune?

Je pense en effet, qu’il est plus facile d’unifier des économies et des administrations que d’unifier des mémoires... Nous avons tous hérité d’un fonds commun, mais aussi de blessures dramatiques.

Prenez le XIXème siècle ! Pour les Européens de l’ouest, c’est le triomphe de l’État-nation, le siècle des merveilles technologiques et scientifique. La perception est radicalement différente pour les Européens de l’est. En particulier pour la Pologne, un pays qui fut l’une des plus grandes nations de l’Europe moderne, avant d’être divisée et occupée pendant cent vingt-trois ans par trois puissances. Un pays, donc qui n’a pas eu pendant plus de cent ans, d’existence indépendante... Voilà notre XIXème siècle ![...]

Ces histoires distinctes ont-elles des conséquences aujourd’hui?

L’incompréhension se lit régulièrement dans bon nombre de débats au Parlement Européen. Quand les europarlementaires polonais, tchèques ou bulgares affirment que l’Europe doit offrir des garanties de sécurité, ils se voient souvent accuser d’entretenir une obsession de persécution. Mais ce n’est pas une obsession ! Ce n’est pas une rhétorique ! C’est une réalité que l’Histoire nous a enseignée de la façon la plus douloureuse qui soit ! Nous, nous connaissons nos voisins russes. Ce n’est pas le cas de l’Occident. Il s’agit d’une différence de mémoire.

Comment gommer ces différences de mémoire pour imaginer un vrai projet politique?

Tout dépend de ce que nous voulons. Si l’Union européenne reste un marché unique, froid et rationnel, ces questions sont secondaires. Mais si l’on désire une dimension politique, alors il faudra bien s’interroger. Et oser se confronter à des questions comme celle-ci : pourquoi nous, Français, Portugais, Italiens, voulons-nous vivre ensemble? Dès lors que la question est posée, vraiment posée, la construction européenne devient un tout autre débat.

Hélas, ce débat n’existe pas, ou si peu. le retour aux égoïsmes nationaux et aux patriotismes économiques que l’on observe à travers l’Europe, est le signe de ce manque de tissu culturel commun, d’émotions commune. Cette faiblesse du débat européen a des conséquences politiques. les résultats du référendum français sur la Constitution européenne en sont la preuve : la campagne s’est focalisée sur la concurrence de main d’œuvre...

Voyez-vous une explication à ce déficit intellectuel?

Il y aurait matière à un livre ! Je relève le problème, mais j’ai du mal à l’expliquer. Deux grands intellectuels européens, l’allemand Jurgen Habermas et le français Jacques Derrida, ont essayé en 2003, de lancer un appel qui n’a pas eu la moindre résonance, hormis chez une poignée d’intellectuels.

Il m’arrive de relire les travaux des Rencontres internationales organisées en 1964 à Genève. Mon admiration est immense pour Karl Jasper, Georges Bernanos, Julien Benda et tant d’autres... Tous se sont réunis, voici plus d’un demi-siècle, pour imaginer un avenir à l’Europe. Pourquoi, soixante ans plus tard, sommes-nous incapables d’assister à un débat d’une telle qualité et d’un tel courage?

Edmund Husserl disait que le plus grand danger pour l’Europe est la lassitude et le désenchantement... Il a peut-être raison. Le débat souffre d’avoir été trop continuellement centré sur la dimension institutionnelle et économique. il faudrait revenir aux origines, traiter de l’avenir de l’Europe à travers la philosophie et la science. [...]

Aujourd’hui, les Tartares n’existent plus. le communisme a disparu. Quant aux Turcs, ils vont entrer dans l’Union européenne (l’Europe n’a plus de véritable ennemi)

Et nous nous trouvons en panne d’un discours, d’un discours qui réponde aux aspirations actuelles des citoyens européens, à commencer par les plus jeunes. le renouveau viendra peut-être de la question écologique. il y a désormais danger mortel pour l’homme et cet enjeu nous concerne tout autant à l’Ouest qu’à l’Est. Il y a aussi là matière à bâtir un véritable contre-discours face au modèle américain.

Y a-t-il selon vous un clivage entre anciens et nouveaux entrants dans l’Union?

L’Europe est composée de nations différentes, c’est sa richesse. je suis convaincu que l’élargissement peut être une chance pour affirmer le caractère profondément social de l’Europe - qui nous distingue du reste du monde, et notamment des Etats-Unis. Il nous faut revenir aux fondamentaux, en particulier à la notion d’"intérêt général" si bien définie par JJ Rousseau : une cause commune, et non une somme d’intérêts particuliers ou nationaux. Nous devons définir les raisons du "vivre ensemble". [...]

Propos recueillis par Weronika Zarachowicz pour le n°1 de XXI


Suggestion à tous les habitués de ce site et à d’autre que le projet intéresserait

B. Geremek m’a convaincue d’aller plus loin ! Une de mes prochaines lectures sera donc : Vision d’Europe, un ouvrage collectif sous sa direction et celle de Robert Pitch. (Odile Jacob, 2007)

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Si on lançait sur le site l’opération : JE LIS UN LIVRE SUR L’EUROPE ET J’EN PARLE

Avis aux amateurs. (Ca peut-être aussi un documentaire ou une info glanée auprès d’un spécialiste et développée)

On ne serait pas obligés d’écrire (si cela tente certains, ne vous privez pas cependant), nous pourrons organiser un cycle de cafés citoyens tout au long de la prochaine année. Qu’en dites-vous?

Commentaires sur l'article
  •  OK ! on continue , par Thierry P. , le 12 mai 2008 à 14h28
    Merci Mapie pour l’info sur cet article que je ne connaissais pas ! Je partage ô combien ces analyses et réflexions. L’initiative de Chantal a su entrouvrir une porte, un espace de débats. À nous démocrates de poursuivre notre réflexion ensemble. Nous n’en serons que + efficaces. Nous y gagnerons une visibilité certaine en direction de nos concitoyens... @mitiés à la Champagne Thierry P. (n’hésite pas à me poser tes euro-questions, je tacherai de te répondre dans la limite de mes modestes connaissances)